Sophie Schulze
A + 2


Roman
Editions Léo Scheer
mercredi 20 août 2014

142 pages / 17€

Le livre
Dès le début, un dialogue entre la narratrice et une voix impérieuse, accusatrice, qui s'exprime souvent en allemand, s'intercale avec le récit. Comme en écho au désordre de la narratrice, confrontée à son errance entre différents endroits de la planète, à ses déménagements incessants. Tel Œdipe après avoir commis l'inceste et le parricide, il lui est impossible de se fixer, de s'enraciner. En Arabie Saoudite, en Tanzanie, à Abu Dhabi, à Paris, à Strasbourg, au Niger, à Jérusalem et à Cracovie, elle se retrouve, à 40 ans – de la deuxième génération née après la guerre –, face à un questionnement identitaire, développé à partir de trois axes, la personnalité juridique, la personne morale et l'unicité. La première partie porte sur le rapport aux papiers d'identité. Lorsqu'elle était professeur en Arabie Saoudite, au début des années 2000, elle avait perdu son passeport, et compris alors qu'« un lien inconscient, profond, (...) puissant » la reliait à ce papier. D'autant que les attentats contre les expatriés à Riyad se multipliaient, de plus en plus atroces. Obligée de rester, elle fut révoltée que la France puisse ainsi disposer de sa vie. Dans la deuxième partie, parmi les éléments biographiques éclairants : elle étudiait la philosophie à Strasbourg, où la lecture d'Être et Temps de Heidegger fut une révélation. Puis, celle d'Hannah Arendt et son analyse des régimes totalitaires. Et celle de Marx. Ensuite, décidant de tout arrêter, elle devient juriste. Assistante dans un tribunal, elle dut traiter d'affaires de sans-papiers...
Décrivant sa vie par épisodes, significatifs, excessifs, et non linéaires, Sophie Schulze raconte, dans la dernière partie, sa visite d'Auschwitz (A.) et de Birkenau (B.).
C'est le lieu de l'aveu de ses origines et la recherche de la délivrance. Le « je » de l'autobiographie est alors détruit pour laisser place à un « nous » impersonnel.


Note de l'éditeur
L'évocation insoutenable par le guide des scènes vécues entre ces murs, qui s'oppose au côté lisse, aseptisé d'un camp devenu musée. Cette volonté de conservation rompt-elle avec la « déqualification », « l'anonymat » dont les nazis voulaient affubler leurs prisonniers ? Ou bien, au contraire, cette banalisation serait-elle le signe d'une barbarie suprême ? À partir entre autres, du livre de Charlotte Delbo, Aucun de nous ne reviendra, Auschwitz et après, Sophie Schulze exprime la difficulté de vivre quand on est le descendant d'un nazi, et réfléchit à ce qui la relie aux victimes. Ne pas oublier, même s'il est nécessaire de se délivrer, se confronter à cette réalité, puis la retranscrire dans un livre.

L'auteur
Sophie Schulze est également l'auteur de deux romans : Allée 7, rangée 38 (2011) et Moscou- PSG (2013), et d'un essai, Nom de pays, Karl (2013), tous publiés aux Éditions Léo Scheer.

Extrait
Nous descendons dans la chambre gaz. Il y a plusieurs fours. En brique. Les fours ont été restaurés. Ils sont entiers. En parfait état de marche.
Je m'attendais à ce que le guide ne dise rien. Qu'il garde le silence. Mais ses explications se poursuivent. Je le laisse se perdre, sans l'écouter, dans la description du fonctionnement de ces machines, de ces rails, de ces monte-charges, du système de piston, de l'alimentation du four.

Je ne ressens rien
Aucune image
Pas une émotion
Même pas une pensée
Le noir
Le vide
L'abstrait
...
Serais-tu donc, toi aussi, un monstre ?
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